Veille Le passage maritime comme levier
À Ormuz, les attaques contre les navires limitent la détente pétrolière
Les réserves pétrolières peuvent amortir une rupture, pas sécuriser un passage maritime. À Ormuz, la multiplication des attaques met à l’épreuve les moyens américains de contenir les prix.
Le pouvoir de perturber les exportations pétrolières du Golfe ne suppose pas de fermer entièrement le détroit d’Ormuz. Il suffit de rendre le passage assez dangereux pour interrompre certaines traversées. Les attaques dans le détroit d’Ormuz et à ses abords mettent ainsi en concurrence deux moyens d’action : la menace contre les navires et la mobilisation des réserves pétrolières des pays consommateurs.
L’Office des opérations commerciales maritimes du Royaume-Uni, l’UKMTO, a signalé 23 attaques pendant les deux premières semaines d’octobre. Ce bilan dépasse celui de chacun des mois précédents depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran, le 28 février. Il décrit une intensification des incidents, sans établir à lui seul la responsabilité de chaque frappe.
En réponse aux tensions énergétiques, l’Agence internationale de l’énergie a annoncé le 15 octobre que ses membres s’accordaient pour achever des mises sur le marché portant sur environ 100 millions de barils, dont plus de 20 millions de barils de gazole. Cette réponse agit sur les quantités disponibles, non sur la sécurité du corridor. La distinction détermine la portée du dispositif.
Les attaques dans le détroit d’Ormuz fragilisent la reprise des flux
Deux navires appartenant à des armateurs émiratis ont coulé entre les 13 et 14 octobre, après avoir été touchés dans le détroit ou à proximité. Le porte-conteneurs GFS Pride avait été frappé le 13 octobre par un projectile dont la nature n’était pas identifiée. Le vraquier Cape Dao avait, lui, été atteint le 23 septembre. La date du naufrage ne correspond donc pas nécessairement à celle de l’attaque.
Ces deux pertes donnent une dimension matérielle au risque maritime : une cargaison et un navire ne sont plus seulement retardés, ils peuvent être perdus. Leur attribution à l’Iran demeure toutefois présentée comme probable, et non comme établie pour chacun des événements. Confondre le constat du dommage avec l’identification de son auteur affaiblirait la lecture du rapport de force.
Des superpétroliers ont également été contraints de rebrousser chemin vers le golfe Persique. Ce mouvement importe directement pour l’approvisionnement : du pétrole disponible au terminal ne devient une ressource pour un importateur qu’une fois transporté jusqu’à destination. Une reprise des chargements ne garantit donc pas une reprise équivalente des livraisons.
Les attaques dans le détroit d’Ormuz menacent ainsi le redressement des flux observé à la fin de septembre. Le mécanisme n’exige pas un blocus continu. L’incertitude sur la possibilité de sortir du Golfe suffit à compliquer la programmation des voyages et à rendre les délais moins prévisibles pour les acheteurs.
Une pression maritime aux effets politiques américains
Des responsables iraniens ont déclaré en début de semaine employer, depuis le début d’octobre, différentes tactiques offensives contre les navires considérés comme contrevenant aux restrictions fixées par leur pays. Cette présentation revendique un pouvoir de sélection des passages. Elle ne permet pas, en revanche, d’attribuer automatiquement à Téhéran tous les incidents recensés par l’UKMTO.
Ces responsables ont aussi présenté leur action comme un moyen de contrarier les efforts de l’administration de Donald Trump pour faire baisser les prix du pétrole avant les élections américaines de mi-mandat. L’objectif politique est ici revendiqué par les acteurs concernés. Son efficacité reste une autre question : le prix payé par les automobilistes dépend aussi du raffinage, de la distribution et des conditions propres au marché américain.
Le rapport de force oppose néanmoins des capacités distinctes. L’Iran peut menacer un point de passage physique. Les États-Unis cherchent à augmenter les volumes proposés au marché et à obtenir une mobilisation des pays détenteurs de réserves. Une décision de déstockage peut être annoncée rapidement ; elle ne neutralise ni un projectile ni le risque d’une nouvelle interruption.
Les réserves amortissent le choc sans remplacer le transit
Dans sa déclaration sur les marchés et la sécurité énergétiques, l’Agence internationale de l’énergie fait état de l’accord de ses membres pour mener à terme les mises sur le marché d’environ 100 millions de barils. Le gazole représente plus d’un cinquième de ce volume annoncé. La composition compte : fournir un produit raffiné répond à un besoin différent de celui couvert par une livraison de brut, qui doit encore être transformé.
Le volume global ne renseigne toutefois pas, à lui seul, sur le rythme auquel ces ressources atteindront les consommateurs. L’effet dépend des calendriers de livraison, des produits effectivement disponibles et de leur acheminement. Il faut également distinguer l’exécution d’engagements existants d’une décision de libérer des quantités supplémentaires : ces opérations n’offrent pas la même marge de réponse.
Pour les importateurs, dont la France, les attaques dans le détroit d’Ormuz posent donc un problème qui dépasse l’origine de leurs achats directs. Une perturbation des exportations du Golfe peut déplacer la demande vers d’autres fournisseurs et tendre les marchés accessibles à tous. Les réserves donnent du temps aux pays consommateurs. La durée de cette protection dépendra de la persistance des interruptions et de la capacité à rétablir des traversées régulières.



