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Automobile : la préférence européenne complique les alliances asiatiques de Merz

Berlin cherche en Asie des partenaires face aux pressions des grandes puissances. L'accès aux aides automobiles européennes révèle pourtant une divergence immédiate entre alliance stratégique et protection industrielle.

Préférence européenne dans l'automobile — automobile : la préférence européenne complique les alliances asiatiques de Merz (image générée par IA)
Illustration générée par IA

L’accès aux subventions automobiles européennes constitue déjà un point de friction entre l’Allemagne et les partenaires asiatiques qu’elle souhaite rapprocher de l’Europe. Au cours de sa tournée de cinq jours à Singapour, au Japon et en Corée du Sud, Friedrich Merz a proposé une coordination commerciale et stratégique plus étroite. Ses interlocuteurs lui ont opposé une question concrète : leurs industriels bénéficieront-ils des mêmes conditions que les producteurs européens ?

Le désaccord porte sur un projet soutenu par le chancelier allemand et Emmanuel Macron. Celui-ci réserverait les aides concernées aux véhicules produits dans l’Union européenne, en Suisse et au Royaume-Uni. La préférence européenne dans l’automobile touche ainsi le point où la diplomatie commerciale rencontre l’allocation de l’argent public. Pour les partenaires asiatiques, une alliance fondée sur des règles communes perd de son intérêt si elle s’accompagne d’un accès différencié aux soutiens publics.

Ce dispositif reste une proposition, non une règle acquise. Aucun montant ni calendrier précis de mise en œuvre n’est établi dans les éléments présentés. La réaction asiatique montre néanmoins que ses critères d’éligibilité pèsent déjà sur les négociations politiques.

La préférence européenne dans l’automobile à l’épreuve des partenaires

À Séoul, le président Lee Jae-myung a demandé au chancelier de soutenir un traitement de la Corée du Sud comparable à celui des États membres de l’Union européenne. Le Japon a également exprimé ses réserves. Friedrich Merz a reconnu avoir été surpris par l’intensité des objections, présentes jusque dans ses échanges à Singapour, et s’est engagé à les porter devant les dirigeants européens.

Le critère envisagé est territorial : il concerne le lieu de production des véhicules, et pas seulement la nationalité de leur constructeur. Cette distinction est déterminante. Une entreprise étrangère produisant dans la zone retenue ne se trouve pas dans la même situation qu’un fabricant qui l’approvisionne depuis une usine asiatique. Les modalités finales décideront donc quels sites industriels pourront bénéficier indirectement de la demande soutenue par les aides.

Le mécanisme dépasse la seule concurrence entre marques. En orientant les achats subventionnés vers certaines implantations, les pouvoirs publics peuvent modifier l’intérêt économique d’un investissement, d’une localisation ou d’une chaîne de sous-traitance. La préférence européenne dans l’automobile est donc aussi un instrument de répartition de la production. C’est précisément ce qui lui donne une portée diplomatique.

Une coalition commerciale sans garantie d’accès commun

Le projet de Friedrich Merz vise pourtant à réduire la vulnérabilité des économies qui ne disposent pas seules du poids des grandes puissances. À Tokyo et à Séoul, il a défendu une alliance politique pour un commerce encadré par des règles. L’Union européenne, les partenaires asiatiques, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Mercosur pourraient coordonner leurs réponses aux pressions économiques.

Dans son intervention publiée par le gouvernement fédéral allemand à l’occasion de sa visite au Japon, le chancelier décrit l’affaiblissement des règles internationales face aux politiques des grandes puissances. Sa proposition entend notamment répondre aux menaces tarifaires américaines et aux restrictions chinoises susceptibles de toucher l’accès aux matières premières stratégiques.

Il souhaite aussi renforcer l’Organisation mondiale du commerce et débloquer la nomination des juges de son Organe d’appel. Deux niveaux doivent cependant être distingués : restaurer un mécanisme multilatéral de règlement des différends et construire une coordination politique entre partenaires. Le second ne garantit pas, à lui seul, que leurs politiques industrielles deviendront compatibles.

Les objections de Tokyo et de Séoul ne constituent donc pas un refus de coopérer. Elles fixent une condition : la solidarité recherchée face aux pressions extérieures ne doit pas se traduire par leur mise à l’écart des marchés soutenus par les budgets européens. Berlin doit désormais concilier cette demande avec son engagement envers la production locale.

La défense rapproche ce que les subventions divisent

Le volet militaire de la tournée repose sur une convergence plus immédiate. La coopération de la Russie avec la Corée du Nord, ainsi que ses liens militaires avec la Chine, relient les préoccupations européennes à celles du Japon et de la Corée du Sud. Les transferts de capacités, l’expérience opérationnelle et les programmes d’armement ne restent pas confinés à un seul théâtre.

La délégation économique accompagnant Friedrich Merz comprenait notamment Airbus, Diehl Defence et Quantum-Systems. Leur présence donne une dimension industrielle à l’offre allemande. Les coopérations engagées avec des fabricants ukrainiens et l’expérience tirée de la guerre intéressent des partenaires asiatiques confrontés à l’évolution rapide des missiles et des drones dans leur environnement régional.

Ce rapprochement ne suffit toutefois pas à neutraliser les désaccords commerciaux. Un partenaire peut souhaiter développer une coopération de défense avec l’Allemagne tout en contestant un critère européen d’accès aux subventions. La relation stratégique ne remplace ni les négociations sectorielles ni les arbitrages sur la localisation des usines.

Pour Berlin, la prochaine étape se joue donc aussi au niveau européen. Le chancelier a promis de relayer les préoccupations asiatiques lors d’un prochain sommet des dirigeants de l’Union. La préférence européenne dans l’automobile devra être précisée : périmètre des véhicules éligibles, traitement des producteurs étrangers implantés en Europe et place accordée aux partenaires commerciaux. Ces choix détermineront la portée réelle de l’alliance proposée, bien davantage qu’une déclaration commune sur la défense des règles.

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