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Veille La reconstruction cherche ses capitaux

Le Shakhtar fait de sa visibilité européenne un levier d’investissement

Derrière le maillot du Shakhtar Donetsk, SCM défend une proposition économique : financer l’Ukraine pour renforcer la sécurité européenne. Une stratégie qui rapproche visibilité sportive et intérêts industriels.

Investissement privé en Ukraine — le Shakhtar fait de sa visibilité européenne un levier d’investissement (image générée par IA)
Illustration générée par IA

La visibilité européenne du Shakhtar Donetsk sert désormais un objectif qui dépasse le football : maintenir l’Ukraine dans le champ des décisions d’investissement. SCM, le groupe financier et industriel de Rinat Akhmetov, également propriétaire du club, utilise cette exposition pour défendre le financement de l’économie ukrainienne pendant la guerre. L’enjeu est de transformer un soutien politique en engagements économiques durables.

Le mécanisme est concret. Le nom de SCM figure sur le maillot du club. Les rencontres européennes offrent à ses dirigeants et à ceux du Shakhtar une occasion de s’adresser à des publics, à des entreprises et à des décideurs hors d’Ukraine. Le football fournit une audience ; le groupe industriel porte une proposition : considérer la solidité économique ukrainienne comme une composante de la sécurité européenne.

Cette démarche vise à modifier les critères de l’investissement privé en Ukraine. Natalya Yemchenko, responsable des affaires institutionnelles de SCM, ne promet pas des gains faciles. Elle présente le maintien de capacités économiques dans le pays comme un intérêt stratégique pour les Européens, notamment en matière d’énergie et d’alimentation. C’est un argument de mobilisation, pas une garantie financière.

Une plateforme sportive au service d’intérêts économiques

Le Shakhtar a quitté Donetsk en 2014. Depuis l’invasion russe à grande échelle de 2022, il a notamment disputé ses rencontres européennes à domicile en Pologne et en Allemagne. Cette succession de lieux d’accueil permet au club de conserver une activité internationale malgré la perte de son ancrage territorial.

Son directeur général, Sergueï Palkine, présente cette présence extérieure comme une représentation du pays, au-delà des seuls supporters du Shakhtar. Dans le projet de rencontres londoniennes évoqué par ses dirigeants, Stamford Bridge doit aussi permettre de toucher les Ukrainiens installés au Royaume-Uni. La relation avec la diaspora constitue ainsi un second canal de visibilité, à côté de l’audience sportive.

Pour SCM, cette exposition rapproche deux registres habituellement séparés : la continuité d’une institution sportive et celle d’un appareil productif. Le même propriétaire relie le club au groupe industriel. Il existe donc un intérêt économique identifiable derrière le message de solidarité. Soutenir l’économie ukrainienne peut aussi contribuer à préserver l’environnement dans lequel les entreprises du groupe exercent leurs activités.

Cette articulation ne signifie pas que chaque rencontre produit un contrat. Aucun montant d’investissement, engagement ferme ou calendrier de financement n’accompagne l’appel présenté par SCM. À ce stade, la démarche relève de l’influence économique, non d’une opération financière annoncée.

L’investissement privé en Ukraine face au risque de guerre

La proposition de SCM repose sur un changement d’horizon. Attendre la fin du conflit avant de financer des activités productives peut laisser se dégrader les capacités dont dépendra la reconstruction. Investir pendant la guerre expose, à l’inverse, à la destruction d’actifs, à des interruptions d’activité et à une incertitude durable sur les recettes.

La Banque mondiale inscrit son action en Ukraine dans une combinaison de soutien aux services essentiels, de redressement économique et de reconstruction. Ce cadre rappelle que réparer les dommages et maintenir le fonctionnement du pays sont deux besoins simultanés. Il ne permet toutefois pas de déduire la rentabilité d’un projet particulier.

L’investissement privé en Ukraine doit donc être distingué de l’aide budgétaire et du financement militaire. Un apport en capital, un prêt à une entreprise ou la construction d’une installation engagent des acteurs différents, avec des risques et des responsabilités propres. Le discours sur la sécurité européenne peut justifier l’examen d’un dossier ; il ne remplace pas l’identification des actifs, des bénéficiaires et des conditions de financement.

Pour un investisseur français ou européen, les questions décisives restent opérationnelles : quels équipements pourront fonctionner, avec quelle alimentation électrique, quels débouchés et quelles protections contre les pertes ? Si une garantie publique intervient, il faut également déterminer quelle part du risque revient au contribuable et quelle part demeure à la charge de l’investisseur.

La confiance ne se décrète pas

SCM affirme appliquer une politique de tolérance zéro à l’égard de la corruption. Natalya Yemchenko soutient également que l’existence d’enquêtes anticorruption peut témoigner du fonctionnement des mécanismes de contrôle. Cette position décrit l’engagement revendiqué par le groupe. Elle ne constitue pas, à elle seule, une vérification indépendante de ses procédures.

Le contrôle doit porter sur les opérations effectivement financées : identité des bénéficiaires, règles d’achat, conditions contractuelles, traçabilité des paiements et audit. La distinction importe particulièrement lorsque capitaux privés, aides publiques et dispositifs de garantie se rencontrent. La nécessité stratégique d’un projet ne dispense pas de vérifier son coût ni l’allocation de ses risques.

SCM relie aussi la survie des entreprises à celle des villes. Sa responsable des affaires institutionnelles décrit les attaques contre les commerces, la logistique et les services essentiels comme une pression sur la capacité des habitants à rester sur place. Sans reprendre comme établies les intentions qu’elle attribue à Moscou, le mécanisme économique est identifiable : des infrastructures endommagées rendent la production, l’emploi et la vie quotidienne plus difficiles.

La visibilité du Shakhtar peut maintenir cette réalité dans le débat européen. Le passage à l’investissement privé en Ukraine exige cependant autre chose qu’une audience : des projets documentés, des engagements chiffrés et un partage explicite du risque. C’est sur ces pièces, plutôt que sur la portée du message sportif, que se mesurera la conversion de l’influence en financement.

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