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Veille L’accès aux modèles en question

L’évaluation des modèles d’IA place Londres après Washington

Londres veut peser sur les règles mondiales de l’IA. Mais sa capacité à tester les modèles avant leur diffusion dépend aussi du calendrier fixé par leurs concepteurs et, désormais, des priorités américaines.

L’évaluation des modèles d’IA place Londres après Washington (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Tester un modèle d’intelligence artificielle avant sa mise à disposition donne accès à ce que ses concepteurs n’ont pas encore rendu public : ses capacités, ses limites et les risques observés lors des essais. Pour le Royaume-Uni, cet accès est un instrument d’influence. Il permet à son institut spécialisé de produire une expertise utile au débat international sur la sécurité de l’IA.

Cette position se trouve confrontée à une priorité américaine. La Maison-Blanche aurait demandé à OpenAI et à Anthropic d’attendre la fin des examens conduits aux États-Unis avant de transmettre leurs nouveaux modèles aux évaluateurs britanniques. L’existence et la portée exacte de cette demande ne sont pas établies par un document public cité dans les éléments disponibles. Mais le mécanisme qu’elle dessine est clair : si Washington passe en premier, Londres dépend du délai séparant l’examen américain de son propre accès.

Interrogé lors de la conférence du Parti travailliste à Liverpool, le ministre britannique chargé de l’IA, Kanishka Narayan, a défendu une autre lecture. À ses yeux, l’essentiel n’est pas d’obtenir les modèles avant les États-Unis, mais de pouvoir les éprouver avant leur diffusion à grande échelle. Il estime que le rôle international du Royaume-Uni n’en serait pas diminué. Cette distinction entre être le premier à tester et tester avant la mise sur le marché est au cœur du désaccord.

L’évaluation des modèles d’IA dépend de l’accès accordé par les laboratoires

Le gouvernement britannique dispose, avec l’AI Security Institute, d’une structure consacrée à l’étude des risques posés par les systèmes d’IA avancés. Narayan souligne que cet institut peut examiner des modèles développés hors du Royaume-Uni avant leur déploiement public. Il affirme également que ses résultats sont partagés avec les autorités américaines. L’institut n’agit donc pas seulement comme un dispositif national de protection : son travail alimente une coopération entre deux États.

Pour autant, l’évaluation des modèles d’IA suppose que les entreprises concernées transmettent leurs systèmes assez tôt pour que les tests aient un intérêt pratique. Un accès obtenu après la commercialisation ne produirait pas le même effet. Un accès avant celle-ci, mais repoussé derrière d’autres examens, conserve une utilité tout en réduisant la marge de temps dont disposent les équipes britanniques. Aucun délai précis n’étant fourni, il serait prématuré d’en mesurer l’impact sur un modèle donné.

Le rapport de force ne se joue donc pas uniquement entre administrations. OpenAI et Anthropic développent les modèles ; les autorités publiques cherchent à les examiner ; les conditions de transmission déterminent qui peut formuler un diagnostic avant le reste du monde. Londres peut disposer de compétences reconnues sans maîtriser entièrement ce calendrier. Les propos de Narayan défendent la valeur de l’accès britannique, mais ne dissipent pas cette dépendance envers des laboratoires établis aux États-Unis.

Deux stratégies face à la gouvernance mondiale de l’IA

La question du calendrier rejoint un désaccord plus large. Devant l’Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump a rejeté l’idée d’une régulation mondiale de l’intelligence artificielle. Le Premier ministre britannique Andy Burnham a, de son côté, annoncé vouloir utiliser la présidence britannique du G20, prévue l’année suivante, pour rechercher des standards communs. Ces deux prises de position ne produisent pas, à elles seules, des règles applicables aux entreprises. Elles indiquent néanmoins des priorités diplomatiques différentes.

Le Royaume-Uni cherche à faire de sa capacité d’examen un argument pour réunir d’autres gouvernements autour de pratiques communes. Les États-Unis disposent d’un levier distinct : les entreprises qui conçoivent plusieurs des modèles concernés relèvent de leur espace économique. Si Washington entend examiner ces systèmes en priorité, Londres doit préserver un accès suffisamment précoce sans pouvoir imposer seul l’ordre des tests.

Dans ce contexte, l’évaluation des modèles d’IA devient à la fois une activité technique et une ressource diplomatique. Pour peser dans les discussions du G20, le Royaume-Uni devra pouvoir s’appuyer sur des travaux réalisés avant la diffusion des systèmes. Narayan assure que cette condition demeure remplie, même avec une priorité américaine. La question décisive sera moins le rang formel de Londres dans la file d’attente que le temps et les informations dont disposeront effectivement ses évaluateurs.

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