Veille Sûreté nucléaire, la facture collective
Tchernobyl : les bailleurs doivent financer les travaux avant 2028
L’arche qui protège le réacteur détruit doit être restaurée avant 2030. Pour les États donateurs, l’enjeu est de financer dès maintenant une protection collective dont le coût ne peut attendre le règlement de la guerre.
À Tchernobyl, le calendrier de sûreté impose son rythme aux bailleurs internationaux. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) estime à environ 500 millions d’euros la restauration de l’arche qui recouvre les restes du réacteur numéro 4. Elle souhaite réunir les financements nécessaires pour attribuer les contrats et engager les principaux travaux en 2028. Le chantier devrait ensuite durer environ deux ans.
La réparation de Tchernobyl dépend donc d’un arbitrage immédiat entre gouvernements donateurs, alors que son achèvement est attendu avant 2030. Endommagée par une frappe de drone russe en février 2025, la structure protège les vestiges du réacteur détruit en 1986 et permet la gestion des matières radioactives. Son état ne crée pas, selon la présidente de la BERD, Odile Renaud-Basso, de danger immédiat. Il impose toutefois une intervention avant que les dégradations ne compliquent davantage les opérations futures.
La conférence prévue à Paris le 9 novembre, coprésidée par la France, l’Ukraine et la BERD, doit transformer ce besoin technique en engagements budgétaires supplémentaires. Le problème est celui du décalage entre une dépense à organiser maintenant et une responsabilité financière russe que la banque n’espère pas voir se traduire par une contribution à court terme.
La réparation de Tchernobyl face au passage des promesses aux contrats
Le montant de 500 millions d’euros demeure une estimation : les évaluations techniques se poursuivent. En octobre, les pays du G7 ont annoncé 260 millions d’euros, un engagement salué par la BERD dans sa communication sur les réparations urgentes à Tchernobyl. Cette somme représente un peu plus de la moitié du coût actuellement envisagé.
Sur cette base, et si ces engagements sont intégralement mobilisés, l’écart à couvrir serait d’environ 240 millions d’euros. Il faut donc distinguer le coût total estimé du chantier, les contributions annoncées et les ressources effectivement disponibles pour contractualiser. Ces trois montants ne sont pas interchangeables. Le besoin final pourra aussi évoluer avec les conclusions des expertises.
La banque veut disposer des moyens nécessaires avant le démarrage des travaux principaux en 2028. La conférence de Paris constitue ainsi une étape de mobilisation, non la garantie d’un financement immédiatement bouclé. Odile Renaud-Basso reconnaît que réunir l’ensemble des contributions prendra du temps et ne s’attend pas nécessairement à obtenir la totalité de la somme lors de cette seule rencontre.
Une protection qui se dégrade, pas une centrale à relancer
L’arche métallique, appelée nouveau confinement de sécurité, n’a pas pour fonction de remettre le réacteur en production. Elle isole les restes de l’installation accidentée et fournit un environnement permettant de gérer les matières radioactives. La dépense porte donc sur la préservation d’une protection de long terme, non sur l’ajout de capacités électriques au réseau ukrainien.
Le mécanisme de dégradation décrit par la BERD tient notamment à l’humidité. Si la protection n’est pas restaurée, celle-ci peut favoriser la corrosion des infrastructures situées sous l’arche. La gestion des matières radioactives deviendrait alors plus difficile et plus coûteuse. L’absence de danger immédiat ne signifie donc pas que le report des travaux serait sans conséquence.
La réparation de Tchernobyl pose, à ce titre, un problème différent de celui des installations énergétiques ukrainiennes à remettre en service après les frappes. Les secondes répondent à des besoins immédiats d’approvisionnement. La première vise à empêcher l’accumulation d’un risque et de charges techniques sur un site qui doit rester sécurisé durablement.
La présidente de la BERD défend cette distinction auprès des gouvernements. Elle demande que le chantier soit considéré comme un investissement dans la sûreté nucléaire internationale plutôt que comme une ligne supplémentaire entrant en concurrence avec toutes les urgences ukrainiennes. Il s’agit d’un argument de financement : élargir le cercle des États concernés au-delà des seuls soutiens directs à la reconstruction du pays.
Élargir le cercle des contributeurs
La banque cherche désormais des engagements auprès de pays européens ayant déjà soutenu les programmes de Tchernobyl, de membres du G7 qui n’ont pas encore contribué, ainsi que de pays du Golfe et d’autres partenaires. Selon Odile Renaud-Basso, environ 46 pays avaient participé au financement international de la construction de l’arche. Ce précédent fournit une base de mobilisation, mais ne garantit pas la reconduction des contributions.
La France, qui assure la présidence du G7, occupe une place centrale dans cette séquence diplomatique. En coprésidant la conférence de Paris, elle participe à l’organisation d’un financement collectif dont l’exécution dépendra des décisions de plusieurs gouvernements. Le rôle de la BERD consiste à relier cette mobilisation aux besoins du chantier et à son calendrier contractuel.
La banque ne compte pas sur une participation de Moscou pour financer les travaux à venir. Sa présidente envisage néanmoins que leur coût puisse être réclamé ultérieurement dans le cadre de réparations de guerre. Cette éventualité ne constitue pas une ressource disponible pour attribuer les marchés : les donateurs doivent décider sans attendre l’issue d’un règlement plus large.
La réparation de Tchernobyl met ainsi à l’épreuve la continuité d’un engagement international. Les États avaient financé une protection destinée à durer ; la guerre impose maintenant d’en financer la restauration. Le prochain seuil décisif ne sera pas seulement le montant annoncé à Paris, mais la disponibilité de fonds permettant d’engager les travaux en 2028 et de tenir l’échéance de sûreté fixée avant 2030.



