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Veille Des référentiels à la représentation

L’ELA veut peser sur les règles et les données de la logistique européenne

Certifier les compétences, organiser les comparaisons entre entreprises, représenter une profession : le programme de l’ELA associe trois leviers pour peser sur l’organisation de la logistique européenne.

Performance des chaînes logistiques — l’ELA veut peser sur les règles et les données de la logistique européenne (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Définir les compétences reconnues et les critères de comparaison entre entreprises donne à une organisation professionnelle une capacité d’orientation du marché. C’est sur ces deux leviers que l’European Logistics Association (ELA) entend travailler sous la présidence de Yann de Feraudy, élu pour un mandat courant jusqu’en juillet 2028. Un troisième chantier doit accompagner cette démarche : renforcer les relations de la fédération avec les institutions européennes.

Le programme annoncé combine ainsi certification, circulation des données et représentation professionnelle. Son volet numérique vise notamment à produire un indicateur européen de performance des chaînes logistiques. L’enjeu dépasse la création d’un tableau de bord : les critères retenus déterminent ce qui devient visible, comparable et susceptible d’être présenté comme une priorité collective.

Il s’agit toutefois d’un programme de mandat, non d’un dispositif déjà opérationnel. Les éléments communiqués ne précisent ni le financement de la plateforme, ni son calendrier de déploiement, ni les règles d’accès aux données. Cette distinction limite, à ce stade, la portée concrète du projet.

Mesurer la performance des chaînes logistiques : un pouvoir de définition

L’ELA souhaite organiser le partage de données entre acteurs de la chaîne d’approvisionnement afin de faciliter les comparaisons de résultats. Cette plateforme pourrait servir de base à un indicateur européen, conçu pour compléter et actualiser l’approche de l’Indice de performance logistique de la Banque mondiale.

La Banque mondiale présente cet indice comme un instrument de comparaison des systèmes logistiques nationaux. Le projet de l’ELA ouvre donc une question de méthode : comment articuler une lecture par pays avec les informations que pourraient transmettre des entreprises ou des réseaux professionnels ? Les périmètres ne sont pas nécessairement identiques, et leur rapprochement demanderait une méthode explicite.

La fédération met en avant la résilience, la durabilité et l’innovation, qu’elle estime insuffisamment reflétées dans les outils existants. Cette appréciation constitue le point de départ de son projet, pas la démonstration qu’un nouvel indicateur serait plus représentatif. Pour mesurer la performance des chaînes logistiques, il faudrait notamment préciser les populations couvertes, la fréquence des observations et le traitement des écarts entre secteurs.

La gouvernance de l’outil serait tout aussi déterminante. Qui sélectionnerait les données ? Qui pourrait consulter les résultats détaillés ? Comment éviter qu’un échantillon composé d’entreprises volontaires ne soit présenté comme le portrait de toute une filière ? Le programme annoncé ne tranche pas ces questions. Elles conditionneraient pourtant la crédibilité du futur classement et son utilité pour les entreprises participantes.

La certification, un autre levier d’harmonisation

Le deuxième chantier porte sur le développement du programme ELA Certification of Competencies. L’objectif affiché est de rendre les qualifications en logistique et en gestion des chaînes d’approvisionnement plus comparables à l’international, à partir de standards européens de compétences.

Ce type de référentiel peut fournir un langage commun aux recruteurs, aux organismes de formation et aux professionnels. Si son usage s’étend, il peut aussi orienter les parcours de formation et les critères de recrutement. La portée d’une certification dépend néanmoins de sa reconnaissance effective par les employeurs, et non de sa seule existence.

L’ELA demeure une fédération d’associations professionnelles, pas une autorité réglementaire de l’Union européenne. Le développement de son programme ne signifie donc pas que ses certifications deviendraient obligatoires ou bénéficieraient automatiquement d’une reconnaissance publique. Le mandat annoncé vise leur diffusion ; il ne documente pas un changement de statut juridique.

Transformer une expertise sectorielle en capacité de représentation

Le rapprochement avec les institutions européennes constitue le troisième volet du programme. Il donne une cohérence aux deux précédents : une organisation qui produit des référentiels et rassemble des données dispose de matériaux pour défendre les besoins de ses membres dans les discussions publiques.

Le mécanisme est identifiable sans présumer de son résultat. Une fédération peut s’appuyer sur ses outils de mesure pour hiérarchiser les difficultés du secteur, puis porter cette lecture auprès des décideurs. Cela ne signifie ni qu’elle maîtrise l’agenda institutionnel, ni que ses propositions seront reprises. Aucune décision européenne précise ni aucun engagement financier public ne sont mentionnés dans le programme présenté.

Pour les acteurs français, l’intérêt du mandat se jouera donc moins dans la nomination elle-même que dans les conditions de participation aux futurs dispositifs. La représentativité des entreprises contributrices, la transparence méthodologique et l’accès aux résultats détermineront qui pourra réellement utiliser ces outils.

D’ici juillet 2028, le test sera celui du passage des priorités aux règles de fonctionnement. Un indicateur de performance des chaînes logistiques peut devenir une référence partagée s’il rend ses choix vérifiables. Sans méthode publiée ni gouvernance définie, il restera une ambition professionnelle, encore distincte d’un instrument capable d’orienter les décisions du secteur.

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